Pourquoi on a des hémorroïdes après l'accouchement et comment les soulager ?

Vous venez d'accoucher, vous êtes épuisée, et voilà qu'une douleur nouvelle s'ajoute au reste  : une boule sensible près de l'anus, qui rend la position assise presque impossible. Vous n'êtes pas la seule dans ce cas. Une jeune maman sur cinq environ traverse la même chose dans les jours qui suivent la naissance, et personne n'en parle vraiment autour d'un café. C'est justement pour ça qu'on va en parler ici, sans détour et sans vous faire peur.

Les hémorroïdes, qu'est-ce que c'est ?

Une hémorroïde n'est pas une maladie qu'on attrape par hasard. C'est un petit coussin de veines que tout le monde possède, dès la naissance, autour de l'anus. Le problème commence quand ces veines gonflent, s'enflamment et deviennent douloureuses sous l'effet de la pression.

On distingue deux formes. Les hémorroïdes internes se situent plus haut, dans le canal anal, et restent souvent silencieuses à part quelques traces de sang. Les hémorroïdes externes, elles, se voient et se sentent  : elles forment une petite boule dure au bord de l'anus, sensible au moindre mouvement, parfois violette quand un caillot s'est formé à l'intérieur.

Ce n'est pas un accident isolé chez vous. Entre 25 et 38 % des femmes en souffrent pendant la grossesse, et environ 20 % continuent d'en avoir après l'accouchement, selon la Société Nationale Française de Colo-Proctologie. Le chiffre paraît énorme quand on croit être seule concernée, alors qu'en réalité c'est presque une femme sur quatre ou cinq.

Une crise hémorroïdaire se reconnaît assez vite une fois qu'on sait quoi guetter. Une sensation de brûlure ou de démangeaison au bord de l'anus, souvent pire après un bain chaud. Une douleur nette au moment de la selle, ou simplement en position assise. Parfois un peu de sang rouge vif sur le papier hygiénique, à distinguer d'un saignement gynécologique. Et cette fameuse boule, ferme et sensible, qui apparaît d'un coup et qui inquiète autant qu'elle fait mal.

Les hémorroïdes sont-elles dangereuses pour le bébé ?

Non, et c'est la première chose à retenir. Elles sont douloureuses pour vous, parfois franchement pénibles, mais elles n'ont aucune conséquence sur votre bébé, ni pendant la grossesse ni après la naissance. C'est un trouble de la circulation locale, rien de plus.

Pourquoi les femmes enceintes sont sujettes aux hémorroïdes ?

Ce n'est pas un hasard si le problème surgit surtout au deuxième ou au troisième trimestre. Plus le bébé grandit, plus l'utérus occupe de place, et plus il appuie sur les veines du petit bassin. Le sang circule moins bien dans cette zone, les veines se dilatent, et une hémorroïde apparaît.

Deux autres mécanismes s'ajoutent à cette pression mécanique. La progestérone, l'hormone reine de la grossesse, relâche les parois veineuses dans tout le corps, y compris autour de l'anus. Et la constipation, très fréquente en fin de grossesse, oblige à pousser davantage aux toilettes, ce qui aggrave encore la pression sur des veines déjà fragilisées.

Au moment de l'accouchement, un troisième facteur entre en jeu, la poussée. Lors d'un accouchement par voie basse, les efforts expulsifs soumettent le périnée et les veines anales à une pression brutale. Les coussinets hémorroïdaires peuvent alors se distendre et former une hémorroïde externe, souvent la plus douloureuse. Le risque de thrombose externe atteint environ 20 % après un accouchement par voie basse, contre 4 % après une césarienne.

Si vous aviez déjà eu des hémorroïdes avant votre grossesse, elles reviennent parfois plus fortement dans les dernières semaines ou juste après la naissance. Ce n'est pas le signe que quelque chose se passe mal. Votre corps porte simplement plus de poids et de pression qu'avant.

Comment éviter les hémorroïdes pendant ou après la grossesse ?

On ne peut pas empêcher complètement la pression exercée par l'utérus ou par la poussée à l'accouchement. En revanche, plusieurs habitudes réduisent nettement le risque et l'intensité des crises.

Le premier levier, c'est le transit. Une alimentation riche en fibres, légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, et une bonne hydratation facilitent le passage aux toilettes et évitent de pousser. Les pruneaux le matin, par exemple, font des miracles chez pas mal de femmes enceintes.

Le deuxième concerne les habitudes aux toilettes. Ne restez pas assise plus de quelques minutes, n'attendez pas non plus trop longtemps quand le besoin se fait sentir, et surélevez légèrement les pieds sur un petit tabouret pour redresser l'angle du rectum. Cette position accroupie facilite l'évacuation sans effort.

Le troisième, c'est le mouvement. Une marche régulière, adaptée à votre forme et validée par votre sage-femme ou votre médecin, améliore la circulation dans les jambes et le bassin. À l'inverse, rester longtemps immobile, debout ou assise, entretient la stagnation du sang dans cette zone.

Pour la prise de poids pendant la grossesse, les repères varient selon votre poids de départ et votre morphologie. C'est une question à poser directement à votre sage-femme lors d'une consultation, plutôt qu'un chiffre générique trouvé sur internet, elle pourra vous donner un rythme adapté à votre situation.

Le choix des vêtements compte aussi, plus qu'on ne le pense. Des sous-vêtements amples, en coton, limitent la macération et l'irritation de la zone. Et si vous devez rester assise longtemps, un petit coussin en anneau soulage la pression directement sur la zone sensible, sans peser sur le reste du périnée.

Comment prévenir les hémorroïdes pendant la grossesse ?

Concrètement, ça tient à peu de choses  : surveiller son transit, éviter de forcer aux toilettes, bouger un minimum chaque jour et limiter le port de charges lourdes. Ce sont des gestes simples, mais répétés sur plusieurs semaines, ils font une vraie différence.

Comment soulager ou soigner les hémorroïdes ?

Si une crise arrive malgré tout, plusieurs solutions existent, et la plupart se mettent en place à la maison.

Le froid, d'abord. Une poche de glace enveloppée dans un linge, posée quelques minutes sur la zone, calme rapidement la sensation de brûlure. Un bain de siège tiède, autour de 37 à 40 degrés, pendant cinq à dix minutes, détend aussi les veines et soulage les démangeaisons.

Après chaque passage aux toilettes, tamponnez la zone plutôt que de frotter, avec un papier non parfumé ou une lingette douce. Les frottements aggravent l'irritation et ralentissent la guérison.

Certaines solutions naturelles apportent aussi un vrai soulagement en attendant l'avis de votre soignant. L'hamamélis, en compresse sur la zone, possède des propriétés apaisantes reconnues. Le gel d'aloe vera pur agit comme un calmant local, à appliquer plusieurs fois par jour. Ces gestes ne remplacent pas un traitement médical, mais ils font souvent office de premier geste accessible, le temps d'obtenir un rendez-vous.

Côté médicaments, votre médecin ou votre sage-femme peut vous prescrire un veinotonique, comme la diosmine, pour accélérer la résorption de la thrombose. Ce type de traitement reste compatible avec l'allaitement, tout comme le paracétamol en cas de douleur. Les anti-inflammatoires comme l'ibuprofène sont parfois autorisés avec prudence pendant l'allaitement, mais ils restent déconseillés pendant la grossesse  : là encore, demandez toujours l'avis de votre professionnel de santé avant toute prise.

Quelle crème utiliser pour les hémorroïdes pendant la grossesse ?

Il n'existe pas de crème universelle. Certaines associations sans corticoïdes sont généralement mieux tolérées, mais le choix dépend de votre situation précise et doit passer par votre médecin ou votre sage-femme, jamais par l'auto-médication, même si une amie vous a conseillé celle qui a marché pour elle.

Combien de temps durent les hémorroïdes après l'accouchement ?

Dans la majorité des cas, tout rentre dans l'ordre en quelques jours à quelques semaines. Pour une thrombose externe, la douleur diminue en général en deux à quatre jours, même si la boule met parfois plusieurs semaines à disparaître complètement.

Chez environ un tiers des femmes, les symptômes persistent au-delà de six mois. C'est là qu'un avis spécialisé devient utile pour envisager un traitement plus poussé, comme une ligature élastique.

Si la douleur devient trop forte, si le saignement dépasse ce que vous connaissiez jusque-là, ou si une boule reste dure sans diminuer après plusieurs jours, ce n'est plus le moment d'attendre, direction votre sage-femme ou votre médecin. Le reste du temps, avec un peu de patience et les bons gestes, ça se calme. Et ça, je peux vous le confirmer moi-même, trois ans et demi après avoir découvert cette fameuse boule un soir de fin de grossesse, je n'y pense presque plus.

Article rédigé par Camille

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