Faut-il réveiller bébé pour manger ?
La première fois qu'on m'a suggéré de réveiller mon fils pour le faire manger, j'ai cru avoir mal compris. Il dormait comme un bienheureux, poings f...
Le carton est resté fermé pendant huit mois. Dedans : le bracelet de la maternité, une centaine de tirages imprimés un soir de printemps sans trop savoir quoi en faire, et un petit carnet de mots griffonnés à trois heures du matin. Un album photo de naissance, je m'étais dit que je le ferais « plus tard ». Le souci, avec le plus tard, c'est qu'il ne vient jamais tout seul.
Un dimanche pluvieux, j'ai fini par tout étaler sur la table du salon. Pas pour fabriquer un objet parfait. Juste pour donner un endroit à ces premiers mois, autre chose qu'une pellicule de souvenirs qui s'efface doucement dans un téléphone. Si vous êtes en train de trier vos propres photos en ce moment, voici comment j'ai fait, avec mes ratés et ce que je referais autrement.
On me pose souvent la question, sur un ton un peu gêné, comme si c'était le caprice d'une jeune maman qui a trop de temps libre. Ce n'en est pas un. C'est une manière de fixer ce qui, sinon, file entre les doigts à une vitesse déconcertante.
Mon fils a changé de visage toutes les six semaines pendant sa première année. Sérieusement. Je regarde les photos de ses trois mois et j'ai du mal à reconnaître le bébé de ses six mois sur celles d'après. Sans l'album, j'aurais tout mélangé dans ma tête. Avec, je peux remonter le fil, exactement dans l'ordre où c'est arrivé, et retrouver la sensation du moment plutôt qu'un souvenir vague.
Vous pouvez aussi garder le faire part de naissance de votre enfant et le glisser dans les toutes premières pages. Chez nous, c'est la première image que l'on voit en ouvrant l'album, avant même la photo de la maternité.
Les bébés grandissent vite, on le sait tous en théorie. Ce qu'on découvre en pratique, c'est à quel point « vite » est un mot un peu faible pour décrire ça. Un album photo garde une trace tangible d'une période qu'on ne revivra jamais : les premiers sourires, les nuits hachées, ce jour précis où il a tenu sa tête tout seul pendant quelques secondes, avant de basculer en avant.
Ce n'est pas qu'un souvenir pour vous. C'est aussi, un jour, un cadeau pour lui. Mon fils a trois ans et demi et il réclame « le livre où je suis bébé » presque chaque semaine. Il pose des questions sur chaque photo. Où j'étais. Qui me tenait. Pourquoi je pleurais sur celle-ci. L'album devient une pièce du patrimoine familial, quelque chose qui se transmet et qui relie les générations d'une façon qu'aucune photo isolée sur un disque dur ne fera jamais.

Le tri, c'est la partie qui décourage le plus de monde. Normal : entre les photos prises au réveil, celles d'un photographe professionnel et les cent clichés flous pris en une soirée parce que « on ne sait jamais, celle-là sera peut-être la bonne », il y a de quoi se noyer avant même d'avoir commencé.
La clé, ce n'est pas de garder les plus belles photos. C'est de varier les échelles. Des gros plans sur sa bouille, bien sûr, mais aussi des plans larges qui montrent son environnement (le berceau, le nid d'ange, le tapis d'éveil qu'on a fini par ranger au grenier) et des photos avec les personnes qui l'entourent depuis le premier jour. Un album rempli uniquement de portraits serrés raconte moins bien l'histoire qu'un album qui montre aussi le décor autour.
Si vous manquez de temps pour tout trier, voici les moments que je regrette de ne pas avoir mieux couverts, ou que je suis contente d'avoir gardés :
Vous n'avez pas besoin de tout cocher dès la première tentative. J'ai rempli les manques après coup, en retrouvant des photos oubliées sur d'anciens téléphones. L'album n'est jamais figé.
Sur la quantité, je me suis fixé une règle simple après avoir raté mes premières pages : une à trois photos par double page, pas plus. Au-delà, l'œil ne sait plus où se poser, et chaque image perd un peu de son poids. Mieux vaut garder cinquante photos marquantes que trois cents photos qui se ressemblent toutes.
Deux options s'offrent à vous. Raconter dans l'ordre chronologique, du premier jour au premier anniversaire, ou regrouper par thèmes : les siestes, les bains, les promenades. J'ai testé les deux, sur deux albums différents. La chronologie m'a semblé plus simple à tenir sur la durée, mais le classement par thème donne des pages plus vivantes, presque plus drôles à feuilleter les unes après les autres.
Cet ordre paraît évident sur le papier. Il l'est beaucoup moins quand on a trois mille photos éparpillées sur quatre appareils différents. Prenez le temps de tout rassembler au même endroit avant de commencer à composer les pages, ça évite de refaire le travail deux fois.
Certains parents préfèrent tout faire en ligne, avec un logiciel qui propose des maquettes toutes prêtes. D'autres, comme moi pour ce premier album, préfèrent coller les tirages à la main, avec les défauts et les décalages que ça implique. Aucune des deux méthodes n'est meilleure. La version numérique va plus vite et permet de corriger sans tout recommencer ; la version manuelle garde quelque chose de plus brut, plus proche du carnet intime. J'ai fini par mélanger les deux : un logiciel pour la mise en page générale, et quelques pages collées à la main pour les objets qu'un fichier numérique ne peut pas remplacer, comme le bracelet de naissance.
Une photo sans légende, dans dix ans, devient une devinette. « C'était où, déjà ? » « Il avait quel âge ? » J'ai commis cette erreur sur mon premier lot de tirages, et je m'en veux encore un peu. Une date, un lieu, une petite phrase suffisent amplement. Ce sont ces quelques mots griffonnés au crayon qui, plus tard, raviveront l'émotion mieux que l'image elle-même.
Au-delà des légendes, il existe plein de petites choses qui transforment un album générique en objet vraiment personnel. Un thème, une palette de couleurs, quelques rubans ou tampons qui reviennent d'une page à l'autre. Rien d'obligatoire, mais ça donne une cohérence visuelle qu'on remarque sans forcément savoir pourquoi, un peu comme un fil qui tient l'ensemble.
Comme l'album lui-même, le faire-part est un objet chargé de sens. Il marque le tout premier moment où votre enfant a existé pour le monde extérieur, en dehors de votre famille proche. Coller la version originale sur la première page, ou juste après la couverture, donne à l'ensemble une vraie continuité, comme un prologue avant que l'histoire commence vraiment.

La première erreur, celle que j'ai faite, c'est d'oublier le fil conducteur. Sans thème, l'album part dans tous les sens : une page en noir et blanc suivie d'une page bariolée, un style qui change tous les dix clichés. Gardez une continuité, même minimale, du début à la fin. Si vous choisissez le noir et blanc pour certaines photos, tenez-vous-y sur toute une section plutôt que de l'alterner au hasard avec de la couleur.
Aucune de ces erreurs n'est grave en soi. Ce sont surtout des détails qui, additionnés, rendent l'album moins agréable à feuilleter dans dix ans. Autant les éviter dès le départ, ça demande peu d'efforts supplémentaires.
Un album surchargé devient vite indigeste, autant pour vous que pour ceux à qui vous le montrerez un jour. Quelques repères qui m'ont aidée à faire le tri :
Un logiciel de retouche simple suffit largement pour ajuster la luminosité ou recadrer une photo bancale. Pas besoin de maîtriser quoi que ce soit de compliqué pour obtenir un rendu propre.
Mon album n'est toujours pas terminé, soit dit en passant. Il traîne dans un coin avec une dizaine de pages encore vierges, une empreinte de pied qui attend d'être scannée, et une place réservée pour la photo de son premier anniversaire que je n'ai toujours pas fait tirer. Ce n'est pas grave. Un album de naissance n'a pas de date limite. Le mien avance au rythme des dimanches pluvieux, et c'est très bien comme ça.
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